Connexion : Adhérent - Invité - Partenaire
D.R.
Spécial Avignon par Patrick Adler
Zembla et les trois sœurs
A l’Oriflamme

Dans la famille « exclusion », vous cherchez...
N'allez pas plus loin et piochez à l'envi chez ces trois sœurs hors-système et ce migrant hors-sol.
Vous allez vivre une rencontre humaine bouleversante et un final...inattendu !
Il manquait peut-être cette couleur de l'espoir dans le quotidien prosaïque des trois sœurs. Entre Lili, ex- danseuse en fauteuil roulant suite à un AVC, Anne la dépressive chronique sans emploi qui multiplie ses séjours en hôpital psychiatrique et Suzon la prof retraitée jamais titularisée du fait de son militantisme exacerbé, reconvertie depuis dans les maraudes et la distribution de repas à des sans-papiers dans sa camionnette, on a le casting idoine pour un film de Ken Loach dont le scénario - forcément lugubre - pourrait donner un "50 nuances de gris". Et pourtant c'est un jeune noir, Zembla, qui va en un tournemain venir éclairer le tableau. Il arrive au moment le plus inattendu : en sauvant la camionnette de Suzon de la fourrière. En infraction, incapable de payer, ne pouvant compter sur aucune de ses sœurs - les deux ne travaillent pas et l'héritage familial est largement entamé - elle lui doit une fière chandelle. Comment le remercier ? Il fait nuit. Elle décide de l'héberger, mettant ses soeurs le lendemain matin devant le fait accompli. Chez les exclus, on se soutient !

L'arrivée de ce jeune black à la plastique enviable, à la timidité et à la gaucherie touchantes va rapidement casser les codes, bouleverser l'organisation de l'appartement et faire renaître chez les trois sœurs le désir au sens plein du terme - désir de (se) connaître, désir d'apprendre, désir d'aimer -, chacune évoluant à sa façon, à sa mesure, à son rythme. Les chaînes se brisent : Lili retrouve un peu de parole et de mobilité, Anne sourit enfin et en oublierait presque ses déboires conjugaux qui l'ont conduite au burn-out. Quant à Suzon, elle reprend avec bonheur son rôle d'enseignante, avec une autorité mâtinée de douceur et de bienveillance. Zembla, comme le héros des « comics » de notre enfance se métamorphose devant nous, nous charme autant qu'il nous émeut. Facétieux et vif, véloce mais aussi patient, il irradie le plateau et met en valeur sa nouvelle fratrie qui n'en demandait pas tant.

Voilà un conte social d'une grande intensité, d'une infinie générosité, d'une belle tolérance. La mise en scène est sobre, le casting est au cordeau, il fallait cette exigence pour servir un texte de si belle qualité. Le public, lui, est partagé entre le rire et l'émotion mais tous s'accordent à dire que « ça fait un bien fou ! » (sic)

Comme la fin est un véritable « coup de théâtre », nous ne saurions la « spoiler », juste vous enjoindre à découvrir cette première pépite à l'Oriflamme , dont le crû 2024 s'avère prometteur puisqu'il offre déjà - entre autres pépites - une wild-card à l'auteur-metteur en scène Christophe Guichet avec sa « Danse du poisson », d'aussi belle facture. Régalez-vous !

Zembla et ses sœurs. (De Christophe Guichet, mis en scène par l'auteur)
Théâtre l'Oriflamme, à 13h. Relâche le lundi
3/5 rue du Portail Matheron
84000. Avignon
Paru le 20/06/2024