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D.R.
Spécial Avignon par Patrick Adler
Vive
Avignon - Train bleu

Du subjonctif à l'impératif, de l'acclamation à l'exclamation, ce "Vive" réveille les consciences, notamment celle d'Anaïs qui, 27 ans après, libère sa parole et brise le tabou de l'inceste. Dans ce discours à la jeunesse où elle a un temps perdu sa voix, sa prise de parole est nécessaire, vitale.
Sur un plateau quadrifrontal qui pourrait être un tribunal - ça l'est d'ailleurs -, un ring - ça l'est aussi -, c'est toute l'histoire d'une jeune chef étoilée - comme son père - qui se déroule devant nos yeux. Dans ce procès du silence, un silence construit autour d'elle : l'enfant abusée, c'est tout le patriarcat qui est pointé du doigt avec ses petits arrangements familiaux - le déni affiché de la mère - la complaisance de la société qui donne un blanc-seing au chef reconnu qui, tel un "deus ex-machina" s'arroge tous les droits, y compris celui de prendre possession du corps de sa fille. Comme dans tous les chocs post-traumatiques, la sidération de l'enfant violé laisse place des années après à un réveil salvateur et à une volonté de réparation. Le corps, abimé et bousculé dans son métabolisme - boulimies, crises d'angoisse - se libère, comme la parole. La colère s'émancipe, le soleil noir dessiné par l'enfant se décrypte et arrive - enfin ! - le temps de la justice qui va dire le droit et prononcer la condamnation. Juste revanche. La réparation est en marche.

Si l'ensemble est traité - à dessein - de manière pédagogique, c'est pour insister sur le fait qu'un enfant sur dix est abusé, le plus souvent par un proche et qu'une poignée dérisoire des victimes obtient réparation. Certaines ne s'en remettent pas. L'auteur le dit : "Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés".
Ironie de l'histoire : Anaïs, l'enfant-poète qui taquinait la muse et aimait les mots a choisi, comme son géniteur, d'exercer un métier... de bouche. En l'ouvrant des années après, elle a soulagé sa peine et affronté le monde. Qui l'a comprise, entendue et rendu un verdict sans complaisance.

Dans la construction de la pièce où alternent les séquences du procès et les flash-backs de l'enfance, on comprend peu à peu le schéma familial, les non-dits comme la répétition des actes qui créent cet univers névrotique. Bien joué et bien orchestré, ce "Vive" se déguste avec bonheur. Comme les mets d'Anaïs. Avec cette sensation comme pour les saveurs de "Libérée, délivrée" ! À voir. Pour apprendre. Pour comprendre.
Plus d'informations : compagniesuperlune.com/
Paru le 24/06/2024