Zoom par Patrick Adler
Vipère au poing
Au Lucernaire.
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le chef-d'œuvre de Bazin en une heure trente : c'est le pari - réussi - d'Aurélien Houver qui, seul en scène, restitue avec énergie et sobriété la colère et le combat d'un enfant contre une mère despotique.
Aurélien Houver a choisi d'incarner Jean. Devenu "Brasse-Bouillon" - son sobriquet - adulte dans la narration, il s'adresse au public et raconte son enfance pour le moins mouvementée depuis la mort de sa grand-mère ("Grand-mère mourut et ma mère parut"). L'histoire commence donc avec l'arrivée de celle que son frère appellera Folcoche - contraction de folle et cochonne - car Jean, même s'il a concentré tout le narratif dans ce duel fils-mère n'est pas enfant unique. Il a deux frères mais c'est son combat à lui, son histoire à lui, à tel point que, séparé un temps de sa mère, comme dans le syndrome de Stockholm il ressent le manque ("Folcoche m'était devenu indispensable comme la rente d'un blessé de guerre").
On assiste donc à l'évolution du personnage dans ce rapport résistant-oppresseur. Le regard distancié et cash qu'il porte n'occulte en rien sa violence et son discours. Aurélien le joue comme un héros de chevalerie, il prend le lead sur tout, allant jusqu'à camper - avec virtuosité - tous les personnages : ses frères, son père, les curés-précepteurs, les gouvernantes... Certains chez lui deviennent même animaux - c'est le cas de Folcoche, dont la position assise de sphinx pourrait s'apparenter à celle d'un oiseau, d'un rapace en l'occurrence. C'est énergique, vindicatif, cruel ("Nous respirons mieux depuis qu'elle étouffe"). Aurélien exprime avec talent et sincérité la souffrance d'un enfant qui aura lutté sans relâche pour se construire. C'est cathartique, cru.
Coté décor et mise en scène, il a fait le choix d'un plateau quasi nu, d'une chaise qu'il manie avec force et violence, d'un tableau mural qui s'ouvre et se ferme, avec des ouvertures dessous par lesquelles il s'échappe et revient. Une spectatrice remarquait avec justesse que "le comédien mouille sa chemise" (sic). C'est peu de le dire, il est après une heure trente lessivé. Le jeu est puissant, brut, abrupt, violent mais juste. Comme un boxeur sur le ring, il a tout donné. On eût peut-être aimé un habillage musical mais le pouvoir des mots et l'incarnation se suffisent peut-être. En tout cas, la performance est là. Respect. Admiration.
On assiste donc à l'évolution du personnage dans ce rapport résistant-oppresseur. Le regard distancié et cash qu'il porte n'occulte en rien sa violence et son discours. Aurélien le joue comme un héros de chevalerie, il prend le lead sur tout, allant jusqu'à camper - avec virtuosité - tous les personnages : ses frères, son père, les curés-précepteurs, les gouvernantes... Certains chez lui deviennent même animaux - c'est le cas de Folcoche, dont la position assise de sphinx pourrait s'apparenter à celle d'un oiseau, d'un rapace en l'occurrence. C'est énergique, vindicatif, cruel ("Nous respirons mieux depuis qu'elle étouffe"). Aurélien exprime avec talent et sincérité la souffrance d'un enfant qui aura lutté sans relâche pour se construire. C'est cathartique, cru.
Coté décor et mise en scène, il a fait le choix d'un plateau quasi nu, d'une chaise qu'il manie avec force et violence, d'un tableau mural qui s'ouvre et se ferme, avec des ouvertures dessous par lesquelles il s'échappe et revient. Une spectatrice remarquait avec justesse que "le comédien mouille sa chemise" (sic). C'est peu de le dire, il est après une heure trente lessivé. Le jeu est puissant, brut, abrupt, violent mais juste. Comme un boxeur sur le ring, il a tout donné. On eût peut-être aimé un habillage musical mais le pouvoir des mots et l'incarnation se suffisent peut-être. En tout cas, la performance est là. Respect. Admiration.
Paru le 27/03/2025






![]() ![]() ![]() ![]() ![]() (39 notes) THÉÂTRE DU LUCERNAIRE Jusqu'au dimanche 25 mai
COMÉDIE DRAMATIQUE - SEUL EN SCÈNE à partir de 12 ans. L’un des plus grands romans de la littérature française pour la première fois au théâtre : un seul-en-scène violent et drôle à l’écriture aiguisée. Jean, dit Brasse-Bouillon, mène avec ses frères une guerre sans merci contre leur mère, une femme impitoyable et cruelle qu’ils ont surnommée Folcoche...
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