Zoom par Patrick Adler
La ménagerie de verre
Au Lucernaire
Ça passe ou ça casse, le verre. Ça laisse passer la lumière - surtout le soir, pour peu qu'on ait payé la note d'électricité - comme ça peut briser les licornes... Les amoureux de Tennessee Williams comprendront. C'est dans cette atmosphère douce-amère, aussi inquiétante que drôle que Philippe Person a choisi de nous plonger, sur fond de mémoire. Une totale réussite !
La mémoire... celle d'un père et mari absent, parti en laissant un mot : "hello, goodbye". Son portrait accroché au mur du salon hante son épouse qui ne cesse de convoquer ses souvenirs, ce bon vieux temps où elle était une jeune fille coquette, frivole et... jeune. Aujourd'hui mère-célibataire avec deux grands enfants à charge, elle ne mise que sur leur réussite, les tyrannise, en devient envahissante et échafaude mille projets pour sauver son clan de la ruine affective et financière. Elle s'évertuera donc à booster ce fils mué en chef de famille contre son gré qui semble reproduire le schéma de vie de son père. Lui aussi s'évade. Moins loin. Au cinéma. Mais tous les soirs. Est-ce ainsi que les hommes progressent ?
Quant à sa fille, "l'infirme affreusement timide", elle s'est créé sur fond de musique de jazz un monde fait de minuscules animaux, évoluant dans une ménagerie de verre. Vivant la névrose de l'échec, la mère ne voit son salut que dans le mariage. Alors, mission est donnée au fils d'organiser une rencontre avec son ami et collègue de travail qui, ironie de l'histoire, s'avèrera être l'amour de jeunesse - déçu - de sa sœur. L'arrivée de ce "galant", aussi flamboyant que gaffeur, émoustille d'emblée la mère, qui retrouve dans cette parenthèse enchantée une nouvelle jeunesse. La fille connaîtra le même sort : les mots du galant agissent comme un baume sur sa peau, l'annonce de son mariage imminent avec une dénommée Betty la replongera, hélas, dans les limbes de la frustration, faisant un "effet dominos" avec la mère muée aussitôt en virago hystérique, ce qui accentuera le départ du fils.
Une telle présentation pourrait faire accroire l'idée que cette "loose" tragique généralisée est insupportable, voire indigeste.
Or, de cette famille abandonnée et dysfonctionnelle, comme on dit aujourd'hui, ou chacun dans le décor trouve sa place définie, il y a comme un vent de douce folie où chacun a sa licorne, son totem imaginaire. Et la direction d'acteurs n'y est pas pour rien. Elle enchante le récit et le rend presque virevoltant, pétillant, énergique en tout cas. Philippe Person a vraiment choisi un casting au cordeau : Blaise Jouhanneau, formidablement convaincant, endosse le rôle du narrateur et du fils dans la pièce, c'est lui qui orchestre d'un claquement de doigts les noirs, les bruitages, qui donne le tempo. Florence Le Corre - on ne le dira jamais assez - est une immense comédienne. Ici, elle évolue entre douceur et colère, calme et hystérie, elle a cette énergie folle du désespoir, est aussi drôle qu'émouvante. Alice Serfati, qui est le point d'attention central de la pièce - cette ménagerie de verre, cette licorne, c'est elle - a un jeu retenu et précis et la voir sortir de sa bulle dans son face à face avec le fringant "galant" (merveilleux Antoine Maabed) nous la rend d'autant plus touchante.
Vous l'aurez compris, voilà une pépite supplémentaire qui vient s'ajouter à la collection du Lucernaire ! Chapeau, Messieurs-dames ! Succès assuré.
Quant à sa fille, "l'infirme affreusement timide", elle s'est créé sur fond de musique de jazz un monde fait de minuscules animaux, évoluant dans une ménagerie de verre. Vivant la névrose de l'échec, la mère ne voit son salut que dans le mariage. Alors, mission est donnée au fils d'organiser une rencontre avec son ami et collègue de travail qui, ironie de l'histoire, s'avèrera être l'amour de jeunesse - déçu - de sa sœur. L'arrivée de ce "galant", aussi flamboyant que gaffeur, émoustille d'emblée la mère, qui retrouve dans cette parenthèse enchantée une nouvelle jeunesse. La fille connaîtra le même sort : les mots du galant agissent comme un baume sur sa peau, l'annonce de son mariage imminent avec une dénommée Betty la replongera, hélas, dans les limbes de la frustration, faisant un "effet dominos" avec la mère muée aussitôt en virago hystérique, ce qui accentuera le départ du fils.
Une telle présentation pourrait faire accroire l'idée que cette "loose" tragique généralisée est insupportable, voire indigeste.
Or, de cette famille abandonnée et dysfonctionnelle, comme on dit aujourd'hui, ou chacun dans le décor trouve sa place définie, il y a comme un vent de douce folie où chacun a sa licorne, son totem imaginaire. Et la direction d'acteurs n'y est pas pour rien. Elle enchante le récit et le rend presque virevoltant, pétillant, énergique en tout cas. Philippe Person a vraiment choisi un casting au cordeau : Blaise Jouhanneau, formidablement convaincant, endosse le rôle du narrateur et du fils dans la pièce, c'est lui qui orchestre d'un claquement de doigts les noirs, les bruitages, qui donne le tempo. Florence Le Corre - on ne le dira jamais assez - est une immense comédienne. Ici, elle évolue entre douceur et colère, calme et hystérie, elle a cette énergie folle du désespoir, est aussi drôle qu'émouvante. Alice Serfati, qui est le point d'attention central de la pièce - cette ménagerie de verre, cette licorne, c'est elle - a un jeu retenu et précis et la voir sortir de sa bulle dans son face à face avec le fringant "galant" (merveilleux Antoine Maabed) nous la rend d'autant plus touchante.
Vous l'aurez compris, voilà une pépite supplémentaire qui vient s'ajouter à la collection du Lucernaire ! Chapeau, Messieurs-dames ! Succès assuré.
Paru le 28/03/2025






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THÉÂTRE CONTEMPORAIN à partir de 10 ans. Nous sommes chez les Wingfield, à Saint-Louis, dans l’Amérique des années 30. Amanda élève seule ses deux grands enfants, Tom et Laura. À la maison, Laura se réfugie dans sa chambre où elle collectionne des animaux en verre taillé. La pièce maîtresse de cette collection est une licorne, animal ima...
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