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D.R.
Zoom par Patrick Adler
Scarlett O’Hara - La dernière conférence de presse de Vivien Leigh
Au Poche Montparnasse.

Glamour, Gloire et Beauté. Elles ont cela en commun, Caroline Sihol et Vivien Leigh et ce n'est nullement fortuit si, découvrant il y a quinze ans la pièce de Marcy Lafferty, Caroline décide de la traduire, l'adapter, la monter et la jouer. Qu'une actrice joue une autre actrice, ça s'est déjà vu, mais qu'un astre rencontre une étoile au point de la faire briller dans toute la constellation, c'est plus rare. C'est cette perfection qu'elle est allé chercher Caroline, sous le regard affûté de Anne Bourgeois, metteur en scène ô combien avisée et douée. Après son irrésistible Chanel dans "Mademoiselle Chanel en hiver", apprêtez-vous aujourd'hui à prendre une claque magistrale au Poche-Montparnasse. Caroline Silhol est non seulement une immense comédienne mais une star... comme Vivien Leigh !
Quinze ans ont passé depuis la première version de Scarlett, un temps long et précieux qui lui a permis d'affiner son jeu, le rendant plus intense que jamais avec des variations incroyables qui la font passer en un tournemain de la délicatesse à l'outrance, de la douceur à la colère, de la starlette qui minaude à la garce tueuse, de l'opiniâtre raisonnable à la passionnée, de la sensible à la maniaco-dépressive. Le tout avec cette élégance, cette grâce, ce port hiératique, cette diction parfaite - et surtout intelligible, ce qui devient rare aujourd'hui -, en bref ces années de métier qui la font passer avec agilité des vers de Shakespeare aux jurons du type "bordel de merde" sans que nos oreilles en soient écorchées, comme si dans sa bouche ces mots prenaient un éclat particulier. Un diamant, taillé ou pas, reste un diamant, donc une pierre précieuse. Précieuse et précise, elle l'est, Caroline qui, en incarnant Vivien Leigh, prend le public - mué dans l'imaginaire en journalistes - à bras-le-corps. Elle se raconte, sans ambages, sans pudeur, avec ce parfum de nostalgie qu'elle laisse évaporer de son foulard blanc, blanc comme son tailleur très "Années 50" signé Christophe Lebo (bravo !), blanc aussi comme le bouquet de roses qui, avec la même majesté trône sur le guéridon. Ce blanc "harmonie", ce blanc "sérénité " qui jure singulièrement avec sa fébrilité, son impatience, son insatisfaction, sa mélancolie, son chagrin, sa colère intérieure.

Elle marche. Ses pas sont mesurés. Le corps est gracile, l'allure impériale. Elle est ce cygne qui avance sans bruit sur l'onde. Assise sur un des deux fauteuils rouges - elle alterne - le ton est à la confidence. C'est une conférence, un dernier tour de piste, alors le discours est ininterrompu. Comme Joséphine Baker, Vivien Leigh avait deux amours. Pas les mêmes pour autant. Chez Vivien, c'étaient le théâtre et Laurence Olivier. La Providence a fait dévier sa trajectoire et l'a rendue avant tout célèbre... au cinéma : elle sera l'éternelle Blanche Dubois de "Un tramway nommé désir" et surtout Scarlett O'Hara ! On assiste ainsi à la genèse du film, ses castings, ses déboires avec David Selznick - qui finira par la choisir alors que ce n'était pas gagné -, son affection pour George Cukor, évincé par son partenaire Clark Gable ("qui puait du bec" sic). Entre confidences intimes et véritable bible pour les spectateurs, le public, comme aimanté, suit le déroulé de sa vie depuis ses débuts. Vivien Leigh, entrée au théâtre comme on entre en religion finira crucifiée sur un amour déçu, une maladie évolutive avec, cependant, la tête haute et l'esprit alerte. Elle restera un mythe comme l'affiche du film "Autant en emporte le vent" en toile peinte qui occupe le fond de scène. Si tout comédien est par essence un menteur, Caroline Silhol restitue, elle, la vérité, toute la vérité, rien que la vérité de ses personnages. De Mlle Chanel à Vivien Leigh elle sait nous surprendre, nous fasciner. Elle ne singe pas, elle n'imite pas, elle rend hommage. Quelle classe !
Paru le 01/04/2025

(8 notes)
SCARLETT O’HARA - La dernière conférence de presse de Vivien Leigh
THÉÂTRE DU POCHE-MONTPARNASSE
Jusqu'au dimanche 4 mai

SEUL-E EN SCÈNE. Inoubliable Scarlett O’Hara d’"Autant en emporte le vent", déchirante Blanche Dubois d’"Un Tramway nommé désir" de Tennessee Williams, star aux deux oscars, Vivien Leigh forma avec Laurence Olivier "le couple royal du théâtre". Mais son immense talent et sa personnalité intense furent soumis à des...

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